Par Gratianne D. Monday 10 December 2007 à 14:33
2ème course de ma petite carrière d'ultra traileuse...
Une course que je ne pense pas refaire (esprit différent, parcours pas très intéressant) mais une incroyable jouissance d'être sur la ligne d'arrivée avec de superbes sensations!!
La SaintéLyon : encore une victoire !!
Au lendemain de la Courmayeur Champex Chamonix (the North Face Ultra Trail tour du Mont-Blanc), je vivais avec un sentiment de plénitude, de jouissance d’avoir accompli quelque chose de grand, quelque chose que j’avais préparé pendant un an, avec les efforts et les difficultés avant la victoire –personnelle et sportive. Depuis, un sentiment de vide. J’avais passé un an à penser chaque instant à un même objectif et maintenant, je n’en avais plus. Qu’allait donc faire la Grosse Bertha maintenant ?
Apres avoir donc laissé passer quelques semaines pour nourrir à nouveau l’envie de courir (en course), être sûre que c'était ce dont j’avais vraiment envie, j’ai cherché un nouvel objectif, « une nouvelle folie » comme disent certains de mes proches ou amis : la SaintéLyon.
La SaintéLyon : 69 kms entre Saint Etienne et Lyon, mi route mi chemin, départ à minuit (sinon à quoi bon ?...) le dimanche 2 Décembre 07.
Cette fois-ci, je n’ai pas mon ptit Papou qui m’accompagne comme à la North Face du Mont-Blanc, ni personne d’ailleurs… Soit.
Samedi 1er Décembre, 18h30, arrivée au Parc des Expositions stéphanois, je récupère mon dossard. Ouf, tous mes papiers sont en règle. Je me trouve alors un petit bout de tranquillité pour m’allonger et dormir encore un peu. En vain, je n’arrive pas à dormir, baignée par la peur et le stress paralysant, mais l’envie reprend bien vite le pas.
Entre 19h et 23h le temps me parait une éternité malgré les quelques coups de téléphone à mes proches. Et puis vient la dernière heure. La plus longue et en même temps la plus courte. On commence à s’affairer, se preparer. Beaucoup ont leurs rituels, des mécanismes un peu superstitieux. C’est amusant de regarder chacun s’apprêter.
23h45, il faut maintenant se diriger vers le depart…
J’ai à peine le temps de me glisser dans la foule et d’allumer ma frontale que le speaker lance le decompte. Minuit : c’est parti !
Les premiers kilomètres se passent tres bien, je prends mes marques, il ne fait pas trop froid, à part de temps en temps quelques raffales qui glacent le sang mais le ciel est étoilé et la lune est belle.
Juste un peu avant le km 16 et le premier ravitaillement de Saint Christo en Jarez, des bolides commencent à nous depasser. Cela fait un peu moins de 2h que nous courrons et les relais qui sont partis une heure apràs nous nous ont rattrapé. Ils sont pour la plupart habillés d’un simple short et d’un T-shirt, j’en ai même vu un en debardeur ! Ils ont vraiment une allure de kenyans et c’est un peu rageant pour nous qui maintenons un cap de moyenne allure pour se préserver. Apres Saint-Christo, la galère commence avec les premiers champs de bataille. Nous traversons des champs de ferme (oui ! oui ! à l’odeur c’est bien ca !) et on se croirait à Verdun. Quand la boue n’est pas aussi collante qu’un carambar collé dans les dents et qu’elle n’arrache pas votre chaussure du pied, ce sont de véritables flaques où le mollet entier rentre et ça glace le sang.
J’atteints la mi-course un peu avant 4 heures de course. Le meilleur n’est plus qu’à une heure et quelques poussieres de secondes de la ligne d’arrivée. Moi je fais la queue pour les toilettes (un réel désavantage pour nous les femmes, je suis sûre que c’est un homme qui a inventé la course à pieds!). Je perds facilement 10 minutes et une centaine de places, avant de repartir d’are d’are. Apres Sainte Catherine commencent les descentes, un tantinet soit peu glissantes et casse binette… Ou alors j’aurais pris mes skis… ! J’assiste à quelques jolies chutes dans le peloton et me mets en même à penser en regardant ma montre que je pourrais en ce moment meme être en boite, en train de faire la fête avec mes amis… Mais non, je fais mumuse dans la boue et je courre!…
Lorsqu’on quittait le macadam et que l’on voyait des panneaux « réservés aux engins agricoles », (veridique) avant d’attaquer les chemins, un râle se faisait entendre dans les troupes car on savait ce qui nous attendait… Au sortir de ces chemins, une interminable descente commence après le kilomètre 34. Pendant plus d’une heure nous courrons sur du bitume, une vraie torture pour les genoux.
J’arrive à Soucieu en Jarrest au km 46 aux alentours de 6h45 et je me dis qu’avec seulement 23 kms restants je serai sur la ligne d’arrivée vers 8h30, 9h, comme prevu avec Papou, car je vais bien physiquement malgré mes genoux (ménisques ruinés par les années "piquets"), mais la fin de l’histoire est toute autre !
Ces 20 derniers kilomètres sont très, très longs. Le tracé est un peu descendant au debut, quelques grosses remontées coupent le rythme, avant de s’applanir et les paysages sont d’un ennui monstre. Surtout après la dernière forêt de Chaponost, que je traverse au lever du soleil et avec l’aube levante et la brume qui s’enfuit, on se croirait tout droit sorti d’un film de Burton, tel Sleepy Hollow. C’est terrifiant. Surtout la traversée du pont et ses marches.
Les 15 derniers kilomètres sont terribles : on rentre dans la banlieue lyonnaise. Et les 10 derniers… Ah, les 10 derniers… J’aurais etripée sur place la jeune femme qui m’a lancé cette terrible nouvelle. Comment, encore 10 !? Non ce n’est pas possible ! J’ai beau courir, je n’avance pas, c’est comme si la route etait un tapis roulant. C’est affreux ! Ensuite, la vingtaine de marches qui ramènent aux quais. Une torture pour les genoux, qui très vite sont encore plus meurtris par les galets glissants du bord de fleuve. Km 62 : Bellecour, cette place que j’ai connue si grouillante de passants est apocalyptiquement vide, c’est triste. Puis les 4 derniers kilometres, je scrute chaque panneau jaune kilométrique au loin et bon sang que c’était dur. Les 2 derniers, l’arrivée dans la Doua, « où est la ligne, où est la ligne ?! ».
Ca y est je la vois, une dernière mini-descente, l’entrée dans le stade, le cœur explose, les larmes sont là, elles affluent mais je les contiens, 20m… 10m… et ENFIN la ligne… Ca y est ! Je passe cette ligne d’arrivée ! Je m’agenouille quelques secondes, essaie de me resituer, oui, je réalise… Et j’explose de joie.. en larmes ! Mais non, je vais bien ! Je suis heureuse ! Je regarde autour de moi et vois des familles ou amis partout, moi je suis seule, et j’aurais aimé partager mon émotion avec quelqu’un mais en fait, quand on coure, n’est-on pas seul? Peut-on partager l'émotion, la souffrance ? Puis un homme arrivé quelques secondes avant moi et voyant mes larmes ruisseler, me tape dans le dos et me lance « Bravo, ce n’est vraiment pas une course facile ». L'émoi et la douleur (genoux) sont tellement forts que je ne peux contenir cette profusion de sentiments qui m’emplit. En effet, ce n’est pas seulement physique mais aussi et surtout moral : j’ai su assez rapidement que je passerais cette ligne mais de me dire qu’une nouvelle fois j’avais été capable de réaliser ce petit exploit à mon niveau, me dire que moi, Gratianne, très peu de confiance en moi, j’avais trouvé la force nécessaire de me dépasser... Je me rendais compte qu’une nouvelle fois, j’avais été capable de faire quelque chose de grand, je me rendais compte que peut-être je valais quelque chose (mais on rentre là dans une dimension psychologique toute autre et sans intérêt ici!). Cette jouissance que j’avais trouvée dans la douleur (double) pendant la course prenait tout son sens sur cette ligne d’arrivee.
« Aimes-tu vraiment souffrir me direz-vous ? » Oui je vous répondrai parce que je me sens vivre, et parce que c’est cela que j’aime et recherche dans le sport et spécialement dans ce genre de courses un peu « extremes » pour les non-iniciés : la souffrance, n’est que subjective, mais le résultat, lui, est bien réel et lui seul compte: annihiler le quotidien et ses doutes, pour ne se recentrer que sur soi et se découvrir voire se construire, en épousant ses limites et même en les repoussant, mais avec maîtrise, acquise grâce à chaque peine et à chaque joie de course.
Ma tante m’a demandé un jour après la course de Chamonix si cela avait changé quelque chose dans ma vie. Je n’ai pas su répondre sur le moment mais avec le recul, je me rends compte que chaque victoire sur moi-meme me change un peu, me fait grandir.
Apparente absurdité ou maîtrise et conscience évidentes ?
En résumé, quelques chiffres :
Dossard : 371
Km 16 :2h09, 2928e
Km 30 : 3h56, 2750e
Km 46 : 6h48, 2643e
Temps Final : 10h29s52
Classement général : 2414
Classement catégorie : 66
Douche glacee apres l'effort: 1(qui des 1000 premiers a pris toute l'eau chaude!?)
Ongles perdus : 2
Ongles violacés : 5
Bémol : 1 (le temps a l’arrivee, je pensais faire un peu moins)
Confiance gagnée : 1 point
Satisfaction : ENORME.

Commentaires
1. Le Thursday 25 September 2008 à 15:38, par phil db
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